Le maraudeur, sonné par le choc, regarde incrédule la flèche qui vient de lui emporter un morceau d'épaule. D'où peut-elle venir? Les arbres alentours... Les rochers... Les haies... Autant de cachettes possibles pour un assaillant furtif. Il n'aura pas le temps de découvrir d'où venait le premier trait, car un second, plus précis, vient heurter sa gorge.
Quelques gargouillis sanglants, une larme dans le regard, il s'écroule en arrière, violemment, dans la poussière. Deux, puis trois, puis une dernière convulsion. Il s'est éteint, comme beaucoup d'autres avant lui.
*Pac *
Deux pieds bottés viennent de toucher le sol, avec légèreté, presque sans bruit. Deux pieds bottés appartenant à la propriétaire des deux flèches... La jeune femme était jusqu'à maintenant dissimulée dans un arbre, assez feuillu pour la cacher entièrement. Elle n'avait quitté son couvert qu'une fois son ennemi abattu, ne lui laissant aucune chance de seulement l'apercevoir.
« Désolée chéri... Aujourd'hui tu remplis mes quotas... »
Froide, sans une once de compassion, elle retire d'abord la flèche plantée dans l'épaule... Scritch... Puis la nettoie sur un des pans de sa cape, avant de la ranger dans son carquois. De même pour celle plantée dans la gorge, qui ne se laisse venir que plus difficilement. Scriitchhhrrr... Elle la nettoie et la range aussi dans son carquois.
Soudain, un craquement de branche retentit. Des voix masculines, plusieurs personnes...
« _C'pas une bonne idée d'emprunter c'sentier là, capitaine... Les bois, savez bien c'qu'on dit des bois... Y'a des choses pas nettes qui s'y passent... Pour sûr.
_Taisez vous et rejoignez les rangs... L'Empereur compte sur la maigre force que nous représentons. Hors de question de perdre du temps dans des détours interminables...
_Oh ben moi c'que j'en dis hein... Les aut' gars vous savez c'qu'y z'en pensent aussi... Y causent pareil que moi... Moi j'dis, on sait quand c'est qu'on rentre dans ces bois, mais on sait jamais si on va en sortir...
_Assez ! Regardez ! »
Le petit contingent de l'Empire, une dizaine de lances, mené par le capitaine Van Brenhart, s'ébranle soudainement, à l'exclamation du jeune capitaine. Devant eux, un cadavre encore chaud... Celui d'un maraudeur, visiblement... Il porte une plaie à l'épaule, ainsi qu'une horrible mutilation à la gorge.
« _Les maraudeurs ici?? Déjà??
_Capitaine... C'pas bon signe ça... »
Murmures dans les rangs, alors que le capitaine, perplexe, se penche sur le corps.
« Un maraudeur... Oui... Mais un maraudeur mort. C'est pas lui qu'il faut craindre... »
Il passe la main sur la gorge du mort, et poursuit, à voix basse, comme pour lui même:
« Non... C'est pas lui qu'il faut craindre... C'est la chose qui lui à infligée ces plaies... »
Lentement, la colonne se reforme; les hommes, apeurés, se resserrent autour de leur chef, scrutant les arbres environnants, les hais, et tout ce qui pouvait représenter un couvert pour un quelconque danger. Mais déjà, sans bruit, aussi furtive qu'une fine bise, la « chose » à l'origine des plaies du maraudeur à disparue, ne laissant derrière elle que doutes, murmures, et une charogne rongée par la marque du Chaos.